| | | | | | | | Audrey | | Laissez vivre les mots | | Administrateur |  |  | | 12339 messages postés |
| Posté le 18-05-2006 à 15:29:01
| Le TESTAMENT de LOUIS XVI (Texte original intégral) Le Roi Louis XVI Au nom de la très Sainte Trinité, du Père, du fils et du Saint Esprit. Aujourdhui vingt-cinquième de décembre mil sept cent quatre vingt douze. Moi, Louis, XVIème du nom, Roi de France, étant depuis plus de quatre mois enfermé avec ma famille dans la Tour du Temple à Paris, par ceux qui étaient mes sujets, et privé de toute communication quelconque, même depuis le onze du courant avec ma famille. De plus impliqué dans un Procès dont il est impossible de prévoir lissue à cause des passions des hommes, et dont on ne trouve aucun prétexte ni moyen dans aucune loi existante, nayant que Dieu pour témoin de mes pensées, et auquel je puisse madresser. Je déclare ici en sa présence, mes dernières volontés et mes sentiments. Je laisse mon âme à Dieu mon créateur, et je le prie de la recevoir dans sa miséricorde, de ne pas la juger daprès ses mérites, mais par ceux de Notre Seigneur Jésus Christ qui sest offert en sacrifice à Dieu son Père, pour nous autres hommes, quelque indignes que nous en fussions, et moi le premier. Je meurs dans lunion de notre sainte Mère lÉglise Catholique, Apostolique et Romaine, qui tient ses pouvoirs par une succession non interrompue de Saint Pierre auquel Jésus-Christ les avait confiés. Je crois fermement et je confesse tout ce qui est contenu dans le Symbole et les commandements de Dieu et de lÉglise, les Sacrements et les Mystères tels que lÉglise Catholique les enseigne et les a toujours enseignés. Je nai jamais prétendu me rendre juge dans les différentes manières dexpliquer les dogmes qui déchirent lÉglise de Jésus-Christ, mais je men suis rapporté et rapporterai toujours, si Dieu maccorde vie, aux décisions que les supérieurs Ecclésiastiques unis à la Sainte Église Catholique, donnent et donneront conformément à la discipline de lÉglise suivie depuis Jésus-Christ. Je plains de tout mon coeur nos frères qui peuvent être dans lerreur, mais je ne prétends pas les juger, et je ne les aime pas moins tous en Jésus-Christ suivant ce que la charité Chrétienne nous lenseigne. Je prie Dieu de me pardonner tous mes péchés, jai cherché à les connaître scrupuleusement, à les détester et à mhumilier en sa présence, ne pouvant me servir du Ministère dun Prêtre Catholique. Je prie Dieu de recevoir la confession que je lui en ai faite, et surtout le repentir profond que jai davoir mis mon nom, (quoique cela fut contre ma volonté) à des actes qui peuvent être contraires à la discipline et à la croyance de lÉglise Catholique à laquelle je suis toujours resté sincèrement uni de coeur. Je prie Dieu de recevoir la ferme résolution où je suis, sil maccorde vie, de me servir aussitôt que je le pourrai du Ministère dun Prêtre Catholique, pour maccuser de tous mes péchés, et recevoir le Sacrement de Pénitence. Je prie tous ceux que je pourrais avoir offensés par inadvertance (car je ne me rappelle pas davoir fait sciemment aucune offense à personne), ou à ceux à qui jaurais pu avoir donné de mauvais exemples ou des scandales, de me pardonner le mal quils croient que je peux leur avoir fait. Je prie tous ceux qui ont de la Charité dunir leurs prières aux miennes, pour obtenir de Dieu le pardon de mes péchés. Je pardonne de tout mon coeur à ceux qui se sont fait mes ennemis sans que je leur en aie donné aucun sujet, et je prie Dieu de leur pardonner, de même que ceux qui par un faux zèle, ou par un zèle mal entendu, mont fait beaucoup de mal. Je recommande à Dieu, ma femme, mes enfants, ma Soeur, mes Tantes, mes Frères, et tous ceux qui me sont attachés par les liens du sang, ou par quelque autre manière que ce puisse être. Je prie Dieu particulièrement de jeter des yeux de miséricorde sur ma femme, mes enfants et ma soeur qui souffrent depuis longtemps avec moi, de les soutenir par sa grâce sils viennent à me perdre, et tant quils resteront dans ce monde périssable. Je recommande mes enfants à ma femme, je nai jamais douté de sa tendresse maternelle pour eux ; je lui recommande surtout den faire de bons Chrétiens et dhonnêtes hommes, de leur faire regarder les grandeurs de ce monde ci (sils sont condamnés à les éprouver) que comme des biens dangereux et périssables, et de tourner leurs regards vers la seule gloire solide et durable de lÉternité. Je prie ma soeur de vouloir bien continuer sa tendresse à mes enfants, et de leur tenir lieu de mère, sils avaient le malheur de perdre la leur. Je prie ma femme de me pardonner tous les maux quelle souffre pour moi, et les chagrins que je pourrais lui avoir donnés dans le cours de notre union, comme elle peut être sûre que je ne garde rien contre elle si elle croyait avoir quelque chose à se reprocher. Je recommande bien vivement à mes enfants, après ce quils doivent à Dieu qui doit marcher avant tout, de rester toujours unis entre eux, soumis et obéissants à leur mère, et reconnaissants de tous les soins et les peines quelle se donne pour eux, et en mémoire de moi. Je les prie de regarder ma soeur comme une seconde mère. Je recommande à mon fils, sil avait le malheur de devenir Roi, de songer quil se doit tout entier au bonheur de ses concitoyens, quil doit oublier toute haine et tout ressentiment, et nommément tout ce qui a rapport aux malheurs et aux chagrins que jéprouve. Quil ne peut faire le bonheur des Peuples quen régnant suivant les Lois, mais en même temps quun Roi ne peut les faire respecter, et faire le bien qui est dans son coeur, quautant quil a lautorité nécessaire, et quautrement, étant lié dans ses opérations et ninspirant point de respect, il est plus nuisible quutile. Je recommande à mon fils davoir soin de toutes les personnes qui métaient attachées, autant que les circonstances où il se trouvera lui en donneront les facultés, de songer que cest une dette sacrée que jai contractée envers les enfants ou les parents de ceux qui ont péri pour moi, et ensuite de ceux qui sont malheureux pour moi. Je sais quil y a plusieurs personnes de celles qui métaient attachées, qui ne se sont pas conduites envers moi comme elles le devaient, et qui ont même montré de lingratitude, mais je leur pardonne, (souvent, dans les moment de troubles et deffervescence, on nest pas le maître de soi) et je prie mon fils, sil en trouve loccasion, de ne songer quà leur malheur. Je voudrais pouvoir témoigner ici ma reconnaissance à ceux qui mont montré un véritable attachement et désintéressé. Dun côté si jétais sensiblement touché de lingratitude et de la déloyauté de gens à qui je navais jamais témoigné que des bontés, à eux et à leurs parents ou amis, de lautre, jai eu de la consolation à voir lattachement et lintérêt gratuit que beaucoup de personnes mont montrés. Je les prie den recevoir tous mes remerciements ; dans la situation où sont encore les choses, je craindrais de les compromettre si je parlais plus explicitement, mais je recommande spécialement à mon fils de chercher les occasions de pouvoir les reconnaître. Je croirais calomnier cependant les sentiments de la Nation, si je ne recommandais ouvertement à mon fils MM de Chamilly et Hue, que leur véritable attachement pour moi avait portés à senfermer avec moi dans ce triste séjour, et qui ont pensé en être les malheureuses victimes. Je lui recommande aussi Cléry des soins duquel jai eu tout lieu de me louer depuis quil est avec moi. Comme cest lui qui est resté avec moi jusquà la fin, je prie MM de la Commune de lui remettre mes hardes, mes livres, ma montre, ma bourse, et les autres petits effets qui ont été déposés au Conseil de la Commune. Je pardonne encore très volontiers à ceux qui me gardaient, les mauvais traitements et les gênes dont ils ont cru devoir user envers moi. Jai trouvé quelques âmes sensibles et compatissantes, que celles-là jouissent dans leur coeur de la tranquillité que doit leur donner leur façon de penser. Je prie MM de Malesherbes, Tronchet et de Sèze, de recevoir ici tous mes remerciements et lexpression de ma sensibilité pour tous les soins et les peines quils se sont donnés pour moi. Je finis en déclarant devant Dieu et prêt à paraître devant Lui, que je ne me reproche aucun des crimes qui sont avancés contre moi.
Fait double à la Tour du Temple le 25 décembre 1792. Louis
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