Sujet :

Norman MAILER reçoit la Légion d'Honneur

Audrey
   Posté le 04-03-2006 à 17:36:58   

(AFP - 04/03/06)
Norman MAILER, 83 ans,
a reçu à New York la Légion d'honneur


Sa verve et sa causticité intactes, Norman Mailer -qui vient de recevoir à New York la Légion d'Honneur, la plus haute distinction française- s'énerve contre la "stupidité du peuple américain" sous l'influence du président George W. Bush et le déclin de l'Amérique.

A 83 ans, il se déplace avec deux cannes, a des soucis d'audition, une toux de stentor. Mais rien ne semble pouvoir arrêter ses envolées, toujours enrobées d'un humour mordant.

Le romancier , reporter , auteur d'ouvrages politiques , ex-candidat à la mairie de New York et deux fois détenteur du prix Pulitzer , vient de publier un livre avec le cadet de ses neuf enfants, "The Big Empty" ("le grand vide"), un dialogue intergénérationnel sur la politique, la religion, le sport, la culture, les femmes.

C'est aussi une manière de "rendre Norman Mailer accessible à ma génération" , explique le fils, John Buffalo Mailer, 28 ans, lors d'un débat familial organisé cette semaine par une association progressiste new-yorkaise.

"Le grand vide", pour Mailer senior, c'est le vide moral des deux institutions qui sous-tendent désormais les Etats-Unis à ses yeux : les grandes entreprises et le gouvernement actuel, entités "aussi dommageables l'une que l'autre".

Ce témoin engagé, hier biographe de Marilyn Monroe, grand conteur des matches de Mohammed Ali ou de la conquête de l'espace, regarde aujourd'hui cette "drôle d'époque" , s'avoue "dans l'état de pessimisme intellectuel le plus profond", dans "la peur que nous ne voyions pas la fin du siècle".

Il déplore une Amérique toujours plus puissante économiquement mais moins créative et cultivée, dévoyée par l'âpreté au gain, abrutie par l'obsession patriotique ou les publicités télévisées.

Bush "est le pire président que j'ai vu. Ce n'est pas peu dire, car j'ai connu Ronald Reagan", souligne Mailer dans sa conférence new-yorkaise, après avoir relevé dans son livre "la foi (du gouvernement) dans la stupidité des Américains". La remarque suscite depuis quelque controverse.

"Croire que ce pays peut être détruit par les terroristes, n'est-ce pas le signe d'une épidémie de stupidité ?" , insiste-t-il à New York. "Ils (le gouvernement) parlent d'exporter la démocratie. Cela aide les Américains à se sentir mieux, mais la démocratie n'est pas quelque chose que vous injectez à un pays malade".

Pour lui, la peur du terrorisme "fait oublier une question plus vaste : que voulons-nous de ce pays, où voulons-nous aller ? Nous ferions peut-être bien de reconnaître - et c'est sans doute une remarque insupportable pour beaucoup d'Américains - que l'apogée de notre puissance est derrière nous", écrit-il dans "The Big Empty".

En attendant, il a une suggestion : "Si j'étais plus jeune, j'essaierai d'étudier les Grecs anciens" , pour tenter de retrouver leur sens du bonheur.

Emmitouflé dans sa veste polaire, chaussé de grosses bottes pour affronter la neige, il est secoué par une toux tenace. "Hier le chauffeur qui me conduisait m'a dit +On dirait la voix de Richard Nixon sur la fin+", confie-t-il d'un ton faussement fâché.

Si le monde l'inquiète, "je suis moi-même probablement plus heureux que je ne l'ai jamais été, écrit-il dans son livre. Mais c'est sans doute parce j'ai mis certaines choses de côté. Et je veux continuer à travailler. C'est si important à mon âge".

Installé avec sa 6ème épouse à Cape Cod, en Nouvelle-Angleterre, il continue d'écrire, et collabore même à un blog.

L'insigne de la légion d'honneur lui a été remis vendredi par l'ambassadeur de France aux Etats-Unis, pour sa contribution à la littérature et ses liens avec l'Hexagone.

"Toute ma vie, j'ai eu une relation à la France excitante, depuis mes jeunes années à Brooklyn où je pensais que Paris était l'endroit où il fallait être",
a-t-il dit à cette occasion, évoquant ses études à la Sorbonne après la Seconde Guerre Mondiale, ce séjour avec sa première épouse marqué par les dures conditions de l'après-guerre, et aussi son attachement à cette langue "que j'adore et que je n'ai jamais pu maîtriser".