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France : les DROITS à POLLUER des industriels

Audrey
   Posté le 26-06-2006 à 23:39:58   

(AFP - 26/06/06)
CO2 : la France publie les droits à polluer des industriels

La France a publié lundi son projet de 2ème Plan national d'allocation de quotas (Pnaq 2) pour la période 2008-2012, exigé par Bruxelles dans sa lutte contre le réchauffement climatique, et aussitôt dénoncé par les ONG pour son "laxisme" envers l'industrie.

Le Plan autorise en effet le secteur industriel et énergétique à émettre 152,61 millions de tonnes de CO2 (dioxyde de carbone) par an entre 2008 et 2012.

Le premier Pnaq français 2005-2007 autorisait les industriels concernés à émettre 156,51 millions de tonnes de CO2 par an, ce qui représentait un effort de réduction de -2,43% des émissions par rapport à la période 1998-2001.
Le nouveau plan n'impose plus qu'un effort de réduction de -2%.

Les quotas d'émissions de CO2 (l'un des principaux gaz à effet de serre (GES) responsables du changement climatique) s'appliquent aux branches industrielles les plus polluantes et aux producteurs d'énergie, ainsi qu'aux établissements disposant d'un générateur d'énergie d'au moins 20 mégawatts (hôpitaux, universités...).

L'industrie se voit ainsi accorder 81,58 M de t et l'énergie 63,03 M de t et 8 M de tonnes par an sont réservés à de nouveaux périmètres d'activités non concernés jusqu'alors.
En France, l'industrie et l'énergie sont conjointement responsables de 34% des émissions de GES.

"Si le Pnaq 2 est adopté en l'état, cela risque de compromettre l'atteinte par la France de son objectif de Kyoto", ont aussitôt estimé une quinzaine d'associations environnementalistes, dont le Réseau Action Climat (RAC) qui fédère plusieurs associations, Greenpeace , le WWF ou la Fédération France Nature Environnement.

La France, en ratifiant le Protocole, s'est engagée à stabiliser d'ici 2012 ses émissions de gaz à effet de serre à leur niveau de 1990. Or, rien qu'entre 2003 et 2004, celles-ci ont augmenté de 0,3%, soulignait la semaine dernière l'Agence européenne de l'Energie (AEE), relevant pour l'ensemble de l'UE une "tendance dans la mauvaise direction".

Les ONG dénoncent le poids des lobbies industriels et l'arbitrage du ministère des Finances en défaveur de celui de l'Ecologie, qui aurait, selon elles, ficelé initialement un Pnaq 2 plus conformes à leurs espérances à un peu plus de 137 M de t.

D'autant que pour tenir ces contraintes, les gros pollueurs peuvent se tourner vers la Bourse européenne du carbone qui, depuis le début 2005, leur permet d'acheter des "droits à polluer" auprès des moindres émetteurs.

Le ministre de l'Industrie François Loos a estimé récemment qu'il revenait à d'autres qu'à la seule industrie de réduire leurs émissions, visant notamment les transports et le bâtiment (tertiaire et résidentiel), responsables respectivement de 26% et 19% des émissions de GES en France.

Les 25 Etats membres de l'UE ont jusqu'au 30 juin pour soumettre leurs propositions pour l'établissement des seconds Pnaq 2008-2012. La France remettra toutefois son projet définitif avec un mois de retard, fin juillet, à la Commission Européenne qui devra le valider.


L'origine des gaz à effet de serre en France en 2004.